La transition écologique, on s’y met quand, pour de bon ?

 

La transition écologique, un sujet déjà ancien, enterré plusieurs fois au cours de ces dernières décennies. Rachel Carson nous alertait en 1962. Je viens de lire son livre « Printemps silencieux » et j’ai été particulièrement choquée par cette lecture. Je ne comprends pas pourquoi, alors que je n’étais pas encore née, que rien n’ait été entrepris pour stopper ce génocide, ce biocide débutant.

Je dis débutant, mais déjà au XIXè siècle, certains alertaient sur les effets des industries sur la santé et le climat dont entre autres, Elisée Reclus.

Une parabole, ou plutôt une équation que l’on se raconte de temps en temps pour se donner « mauvaise conscience » devrait pourtant nous pousser à agir, très vite, si on ne l’a pas déjà fait.

« L’équation du nénuphar illustre bien le phénomène de la croissance dans un milieu fermé. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété héréditaire de produire, chaque jour, un autre nénuphar. Au bout de trente jours, la totalité du lac est couverte et l’espèce meurt étouffée, privée d’espace et de nourriture.

Question : Au bout de combien de jours les nénuphars vont-ils couvrir la moitié du lac ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien 29 jours, c’est-à-dire la veille, puisque le double est obtenu chaque jour.

Si nous étions l’un de ces nénuphars, à quel moment aurions-nous conscience que l’on s’apprête à manquer d’espace ? Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et nous n’imaginons probablement pas la catastrophe qui se prépare et pourtant nous sommes à moins d’une semaine de l’extinction de l’espèce…

Et si un nénuphar particulièrement vigilant commençait à s’inquiéter le 27ème jour et lançait un programme de recherche de nouveaux espaces, et que le 29ème jour, trois nouveaux lacs étaient découverts, quadruplant ainsi l’espace disponible ? Et bien, l’espèce disparaîtrait au bout du … 32ème jour ! »(1)

On oublie souvent que nous ne sommes pas tout seuls sur Terre, quantité d’espèces animales et végétales nous accompagnent, grâce auxquelles nous pouvons survivre. Plus de mésange charbonnière et nous serions envahis par les papillons, mais aussi par leurs rejetons, les chenilles dévoreuses de feuilles vertes. Vous tuez tellement facilement un frelon, pourtant sa petite colonie de 100 individus consomme jusqu’à 1 kg de mouches, moustiques, chenilles et autres insectes par jour.

A défaut de pouvoir coloniser Kepler-186f ou Kepler-452b, sœurs jumelles de la Terre situées à 500 et 1400 années lumière de notre planète, on n’a pas d’autre choix que de décroître.

Les élus que pourtant une majorité d’entre vous avez choisis, n’ont pas encore compris cela, ou victimes volontaires de complaisances et de promesses de création d’emplois bradent allègrement la planète, on peut citer en exemple les 103 hectares de terres agricoles, dont 83 à Tritteling-Faulquemont, pour y faire une zone industrielle, alors que tellement de friches industrielles nous entourent.

RELOCALISER les productions alimentaires ne sera pas possible dans ces conditions.

DECROîTRE, cela signifie réduire notre impact écologique, à l’échelle collective, par un pas de côté, une décroissance économique volontaire, et à l’échelle individuelle par un choix de simplicité volontaire. La simplicité volontaire, c’est arrêter d’acheter le superflu : réduisez vos achats de fringues, d’objets, de smartphones, de tablettes, d’ordinateurs, de tracteurs-tondeuses, de lave-vaisselle, de machine à café, de machine à limonade, de robot ménager cuittout, de souffleurs à feuilles, de vacances obligatoires, de déco maison, de serviettes hygiéniques jetables, de mouchoirs en papier, de lingettes dépoussiérantes jetables, de cigarettes tabac ou chimiques, de produits miracles pour le ménage, de voitures, de viande et de laitages quotidiens et de tous ces produits d’épicerie sur emballés, bref de tout ce que la publicité nous vend et que l’on trouve dans toutes ces hideuses zones commerciales. Réduisez votre chauffage, mettez des pulls, remuez-vous, réduisez votre consommation d’électricité, laissez vos technologies au repos. Marchez, laissez vos bagnoles au garage.

« Vous voulez tuer des emplois » m’a-t-on déjà dit. Oui et non. Les emplois inutiles, abrutissants disparaîtront (comme remplisseur de caddie au drive, au nom de la paresse et du profit, zut vous valez mieux que ça), et ils seront remplacés par d’autres , valorisants, utiles à la société, non délocalisables, proches de chez vous. La production alimentaire actuellement très lointaine, dépendante du pétrole, sera relocalisée, par la force des événements, cette énergie fossile ayant déjà dépassé son pic de production depuis plusieurs années et se raréfiant.

Si les élus ne font rien pour accélérer la transition écologique, si l’argent des subventions est utilisé pour – construire des horreurs architecturales, dangereuses, là où, d’anciens bâtiments sont traduits en justice pour cause d’amiantage providentiel, – favoriser l’installation de parc de loisirs (Roybon), construire des lignes de train à grande vitesse, des contournements autoroutiers, des zones artisanales ou industrielles vides, des péages sans barrière (liberticide et créateur de chômage) faites à leur place. Réunissez-vous en collectifs de gilets verts, ou fleuris, agissez, faites votre transition. Nous nous révoltons contre les élevages concentrationnaires de poules, de poulets, de cochons, de vache laitière, nous n’acceptons pas le glyphosate, nous refusons les huiles de palme, etc, mais nous ne changeons pas notre façon de vivre. Le boycott, ça existe, le choix d’acheter local, bio et de saison aussi. Exigez des fermes nourricières, non des fermes à nécro-carburants.

René Dumont alertait la France en 1974, on lui a rit au nez. (K)assandre a écrit plusieurs fois, mais sa voix ne peut être entendu. Notre cerveau se protège et n’est pas en mesure de comprendre ce que signifie un effondrement. Tout au plus, à force de battage médiatique, a-t-il commencé à comprendre ce qu’est le changement climatique. Mais, il y a encore des « benêts » qui s’en réjouissent, n’ayant pas encore compris que 2 m de montée des eaux en 2100, cela signifie des terres noyées, et des enfants ou petits-enfants en grande difficulté de par leur faute.

 

Mettre les pieds dans le plat, j’ose. Je vis la simplicité volontaire depuis de nombreuses années. Mes parents, avant moi, disaient déjà « on n’a pas besoin de tout de qui nous fait envie, de tout ce qui existe ». Ils ne sont plus là, et dans leur jeunesse, la consommation n’était pas encore de masse. C’est à ce stade qu’il nous faut revenir. J »ai testé une vie belle, simple, sans congélateur, sans tracteur-tondeuse, sans produits d’hygiène en tout genre, sans fringues neuves, sans téléphone portable, sans lave-vaisselle, sans sèche-linge, sans micro-ondes, sans robot-chauffant-cuitpastout, sans supermarché, sans machine à café à capsule, sans emballage superflu, en partageant mon logement, en faisant un potager, en mangeant très peu de viande (1Xpar mois). Le seul point qui n’est pas compressible, c’est la voiture et croyez bien, que je le regrette, mais les autorités ne faisant rien pour faciliter les déplacements, et les co-voitureurs étant timides, j’en suis encore dépendante.

Il s’agit encore en 2019, de responsabiliser les individus, mais d’ici 10 à 15 ans, ce sera de culpabilisation dont on parlera, et peut-être alors une dictature nous imposera ce que nous négligeons, refusons de faire par paresse. Nous avons toutes les cartes en main encore faut-il abattre les bonnes pour gagner la survie de l’humanité. Imposons à nos élus la décroissance de l’économie. Le nénuphar est un bon exemple.

Nous sommes au 27è jour pour un certain nombre de Keplerien convaincus, mais en réalité nous sommes au matin du 28è jour et pour empêcher le nénuphar de croître, nous permettre peut-être de garder l’air pollué mais encore respirable, de garder l’eau polluée mais encore buvable, de pouvoir manger à notre faim sans en tomber malade, il n’y a que la solution de refréner nos envies, de restreindre notre train de vie et en cela faire décroître l’économie.

Si vous avez l’occasion de cotoyer des personnes de plus de 80 ans, de la campagne, ou même de la ville, demandez-leur comment elles faisaient et imitez-les. C’est facile, pratique, rapide et pas cher.

Et je vous assure, on est bien, le cerveau, le porte-monnaie et du temps libéré, et on est encore très très loin du retour à la bougie.

Marie-Noële

 

(1) Texte d’Albert Jacquard , L’Equation du nénuphar, Calmann-Lévy, 1998 cité dans N. Ridoux, La Décroissance pour tous, Parangon (2006).

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Comments
  1. cassandre

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