La dette est-elle le « top » des outils de domination ?

DetteA considérer l’actualité récente, que ce soient l’affaire de la dette grecque ou des dettes des agriculteurs français et des autres consommateurs victimes des crédits, force et de constater qu’à la fin de la partie c’est toujours les créanciers qui dictent leurs conditions. Les grands oligopoles financiers omnipotents (banques et autres) sont devenus les dominants majeurs de notre société.
 L’arme économique semble être devenue un moyen dévastateur pour asseoir les hégémonies politiques, et John Adams Président des USA 1791-1801, l’avait déjà découvert « Il y a deux façons de conquérir une nation et de la réduire en esclavage. Une façon est par l’épée, l’autre est par la dette.»

Un petit condensé d’analyses

Dans un texte de Jean-Pierre Lepri (*) quelques explications sont nettement avancées qui pourront nous éclairer sur ces relations de la dette et de la domination qui sont la cause de tant de mal-être.

…« Il existe des dominants et des dominés dans les basses-cours, les cours d’écoles, dans les familles, comme dans les bureaux (indépendamment des hiérarchies officielles). La dominance c’est obtenir de quelqu’un qu’il fasse ce qu’on voudrait le voir faire. Elle peut s’établir par la contrainte ou bien, le plus souvent, par la manipulation.

Dans cette relation de dominance, dominant et dominé trouvent, tous deux, leur compte.
Il est, pour chacun, plus simple d’avoir à sa disposition un règlement de manœuvre, un mode d’emploi, pour agir. Le dominant se rassure ainsi momentanément sur son pouvoir. Le dominé se sent protégé. Dominant et dominé, par leur angoisse respective, sont donc, chacun, entièrement responsable de cette relation. Que l’un des deux ne «marche» plus et la relation de dominance cesse.

Et comme la dominance ne fait pas disparaître l’angoisse, qui est d’un autre ordre, la relation est appelée à se «durcir». Le dominant devient arrogant, de plus en plus exigeant et violent, le dominé, lui, se sent coupable et devient de plus en plus craintif et soumis. Tyrans et foules soumises sont dans le même temps, tyrans et contre-tyrans.

Les groupes sociaux fonctionnent sur le modèle de la dominance:
États, gouvernements, partis politiques, églises, «écoles» philosophiques ou autres, médias, publicités, show-business, mais aussi associations, même de «solidarité» ou humanistes, familles, consommation, écoles et autres éducations, couples… »…

Toute organisation implique l’exercice du pouvoir. 

Le fait que cette relation ait toujours existé au cours de l’histoire, voire ait causé des millions de morts, n’est pas suffisant pour qu’elle soit considérée innée, inévitable. En fait, le seul comportement « inné » semble être l’action gratifiante.
La notion de territoire et de propriété, que l’on suppose en jeu dans la relation de dominance, n’est alors que secondaire à l’apprentissage de la gratification.
Si, d’autre part, on a pu distinguer chez l’enfant, dès la crèche, six profils : leaders, dominants agressifs, dominés agressifs, dominés craintifs, dominés, «isolés», il ne s’agit bien, ici et ailleurs, que de comportements, et non de personnalité ou de hiérarchie sociale. Or, mon comportement est une traduction, en actes, de mes représentations, et donc des influences diverses qui les ont construites.
Mon comportement évolue tout seul, «naturellement», lorsque mes représentations évoluent.

Je pourrais donc vivre sans domination ni soumission ou, avec une domination et une soumission clairement acceptées, temporaires et circonscrites. Vivre hors des compétitions hiérarchiques, en autonomie par rapport à elles, semble la voie déjà adoptée par beaucoup.
Pour cela, seule la conscience que je suis manipulé ou contraint m’est nécessaire. Les moyens de développer cette conscience existent.
Il ne dépend donc que de moi de ne plus être dupe, exploité et heureux de l’être, car même la soumission peut s’accompagner d’un sentiment de liberté. Ou alors de l’être en pleine conscience, dans la seule mesure que je souhaite. »…

A la lecture de ce texte, nous pouvons à présent mieux identifier les situations où notre comportement est celui d’un dominant ou d’un dominé et donc nous mettre en garde contre les outils de domination … dont la dette sous toutes ses formes est le plus ravageur et le plus humiliant.

Carrizos

(*)Jean-Pierre Lepri – Docteur en éducation et en sociologie membre du CREA-Apprendre la vie.

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