Festival d’infamies en absurdistan

 

Festival d’infamies en absurdistan(*)

Prenez un arriviste ambitieux, nommé Mac Run. Poussez-le à se présenter à une élection présidentielle.
Le voici élu triomphalement face à une Marine nationale d’eau saumâtre qui présente des voies d’eau sur tous les plateaux. La soupe s’annonçant bonne, on accourt vers Mac Run de tous côtés.

Entourez-le ainsi d’amateurs incompétents imbus d’eux-mêmes : un obscur maire édouardien de Port-Refuge en Premier Sinistre, M. Castagneur à l’Intérieur et au Culte des boîtes de nuit, Mme Mycènes à la Valorisation des M.H., M. Le Drain aux Affaires étranges, Mme Parlebel aux Farces armées, M. Ohlala aux Numéric games, M. Le Meyrdic aux Finances Raid, Mme Buzy-Ness à la Santé ! Sur les bancs de touche, patientent M. de Résigné, M. Cash-Seyx, M. Carmalin, M. Viran-Debord et d’autres joueurs de série B.

Faites-lui appliquer un programme néoconservateur repeint en néosocial, avec force promesses destinées
à ne surtout pas être tenues.
Le Président Mac Run, dorloté par les nantis de tous bords, demeure un très grand ami des plus pauvres qu’il multiplie à l’envi : réduire l’aide au logement des précaires, laisser davantage d’argent aux simples riches, multiplier les charretées de licenciements, faire mine de vouloir mouiller sa chemise à se colleter avec le réchauffement climatique.

Laissez le peuple, anesthésié un temps, se réveiller en plein cauchemar, voir rouge en enfilant des gilets jaunes, des ronds-points passer par un arc de triomphes sanglants pour aller porter une autre parole dans les beaux quartiers, s’inviter à la terrasse de cantines aux tables réservées depuis belle lurette.
Suggérez-lui de faire appel à un spécialiste de la gestion des foules rétives, M. Wolfhund, pour mater de virile façon ces quidams qui ont cru pouvoir quitter leur place ; en utilisant des armes de guerre contre des civils désarmés, en en prenant cinq par la main et en tapant dans l’œil de vingt-cinq autres, l’affaire est vite pliée, malgré quelques fumeroles de joie.

Ne le laissez pas paraître surpris par une pandémie déferlante, mais rappelez-lui ce conseil de Clemenceau :
« Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. »
Soufflez-lui que c’est certes une catastrophe pour l’Economie, mais quelle aubaine pour permettre la reprise en main ferme de ses sujets immatures, irresponsables, perturbateurs au quotidien.
Impossible, n’étant pas français, on peut affronter cette piètre maladie sans masques ni gel ni tenues de protection ; ce qui est opportun, rien n’ayant été prévu par la ‘Start-up Nation ‘.

Encouragez-le à dramatiser à outrance la situation sanitaire, à parler de « guerre », donc de « mobilisation générale » et de « Conseils de défense » ; que tous se tiennent l’arme au pied ; de l’ordre, de la discipline et une aveugle obéissance.
Si la première campagne n’est pas un plein succès, conseillez-lui en cas de second assaut d’augmenter d’un cran les mesures de contrôle.
Si les haros concomitants sur la vie culturelle, la vie sportive, la convivialité et la vie démocratique n’aboutissent pas aux résultats escomptés – pourtant la baguette à 135,-€, quelle belle contribution à la reprise du commerce de proximité -, alors foin des décrets, une Loi, forte, dure, pure, inexorable.

Faites-la lui fourrer de toute sorte de gâteries : fouilles systématiques, accès bloqués aux lieux de rassemblement, gazage méthodique des terriens sur le pavé, mises à l’abri en gardes-à-vue, rappels à la Loi, demandes d’agréments préfectoraux pour les journalistes, interrogations comminatoires sur leurs sources, interdiction de filmer et de diffuser les courts-métrages d’intrépides actions policières.

Conseillez-lui impérativement de consigner les plus jeunes de ses sujets, les plus indisciplinés, et d’épargner précautionneusement les plus vieux, en lui rappelant qu’ils constituent son fonds de réserve de voix, pour lui faciliter sa réélection dans quelque temps.

Faites-lui dire publiquement : « Il ne peut pas y avoir de violences policières dans un Etat de droit. » Certain-e-s le croiront sur paroles ; d’autres oseront peut-être envisager de penser : « Mais, s’il y en a … ? »
Ami, entends-tu …

 

Kamil

 

(*) : Merci à Mme Annika Joeres, correspondante en France du périodique Die Zeit, pour la création de ce terme.

 

 

 

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