Pays naborien, côté champs

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Où sont les champs ?
Où sont les agriculteurs qui nous nourrissent ?
Ceux qui produisent vraiment ce que nous mangeons tous les jours ? Pas ceux qui vendent.
De ceux-là, il y en a pléthore. Les grandes surfaces fleurissent un peu partout. La Moselle est déjà l’un des départements le plus doté en centres commerciaux/population. Non, où sont les paysans qui produisent des légumes, des fruits, des pommes de terre, des céréales, des légumineuses et parfois du lait, du fromage ? Dans le pays Naborien ? Permettez-moi d’en douter.
Où se trouve l’agriculture vivrière du pays Naborien ?
Où peut-on glaner sans crainte de s’empoisonner ?
« Glaner » signifie ramasser après la moisson. L’un des synonymes est « butiner ».
Autrefois, les gens allaient glaner, ramasser les restes des productions agricoles. Ce mot est tombé en désuétude, sauf peut-être pour Agnès VARDA qui, dans son très beau film « Les glaneurs et la glaneuse » nous conte l’histoire de ces gens qui glanent des pommes de terre dont ne veut pas l’industrie agro-alimentaires car trop petites, trop grosses, ou en forme de cœur. Mais, elle nous raconte aussi l’histoire de ceux qui utilisent les rebuts de la société de consommation pour en faire quelque chose d’autre.

Des glaneuses / Jean-François Millet /1857

Des glaneuses / Jean-François Millet /1857

Lorsque, en 1857, Jean-François Millet a peint son tableau « Des glaneuses », les critiques se sont épandus en remarques. « Pour les critiques de droite, ces femmes sont le symbole d’une révolution populaire menaçante, quand les journaux de gauche y voient le peuple rural appauvri par le Second Empire. »
De nos jours, ce sont les « rebuts » –par choix ou par obligation– du système capitaliste qui glanent, dans les champs ou dans les poubelles des supermarchés.

L’agriculture actuelle, comme le conçoit encore et toujours, l’industrie agro-alimentaire, est très loin du butinage. Alors que les butineuses apicoles se meurent, que la 6ème grande extinction est en marche, des monstres hantent les campagnes. Avez-vous déjà croisé une ensileuse un soir d’automne ? Il y a de quoi avoir peur, de son gigantisme, mais aussi de s’empaler sur les longues fourches frontales. Plus de 11 tonnes qui écrasent les derniers vers de terre survivant à une année de traitement phyto-pharmaceutique (chimique), destructeur de leur habitat. Les curieux du salon de l’agriculture Naborien, côté champs, doivent se demander à quoi peut bien servir cet engin. A couper, hacher le maïs qui sera ensuite stocké en silos, pour nourrir les vaches modernes, les championnes de la production de lait, parfois dopées à l’alcool (issu de la fermentation du maïs en silo). Les vaches ne mangent plus d’herbe.

Braves gens de la ville, happés par l’urbanisation galopante. Habitants d’une ville, où on trouve de tout, sauf de la production agricole alimentaire humaine, connaissez-vous une agricultrice, ou un agriculteur ? Avez-vous déjà pensé à ces producteurs de légumes,  qui sur 2 hectares, produisent de quoi nourrir une cinquantaine de familles ?

Nos élus, que après tout, nous méritons, puisque plus de 50 % d’entre nous les ont choisis, n’en ont pas trop à faire de ces paysans. Un rapide passage au salon de l’agriculture, piètre vitrine d’un monde qui se meurt, une photo devant un stand de fromage, où on n’a pas pris la peine de dire bonjour à la fromagère (mépris, muflerie ou misogynie?) une miette de discours, et voilà, campagne électorale oblige, le candidat et sa cour, ont fait ce pour quoi ils ont été élus : parader. Peu-être faudra-t-il à l’avenir voter pour un candidat qui vous promettent une agriculture locale et bio.
Ailleurs, loin des strass, des humains s’inquiètent des dérives de l’industrie agro-alimentaire, qui ne connaît que pesticides, biocides, rentabilité, standard, normes, marchés, rendement, au détriment de l’environnement, de la santé humaine, des espèces animales, et du futur de leurs enfants.

Ils sont las de solliciter les élus, sourds et peu soucieux de leurs demandes. Ils sont las de solliciter les pouvoirs publics qui n’ont de cesse de permettre à quelques-uns de s’engraisser au détriment de tous. Ils sont las de voir leur milieu de vie détruit par des projets insensés, tels l’aéroport Notre Dame des Landes, tels les mines d’argent, d’or et de métaux rares en Bretagne et Limousin, tels le centre d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure, tels les plateformes commerciales de Farebersviller et Montoy-Flanville, tels les plateformes de forage de gaz de couche. Ils se réunissent, se regroupent, prennent leur destin en main, innovent, permettent le développement de la paysannerie nourricière.

Le peuple continuera-t-il longtemps de se contenter de « panem et circenses » (pain et jeux du cirque), une révolution populaire menaçante est-elle d’actualité, ou pire encore est-il déjà comme la grenouille dont l’eau de trempage est en train de chauffer, regardant ailleurs pendant que la maison brûle ?

 

(K)assandre  /  Septembre 2016

 

 

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